Sources: Églises et chapelles de Bagnes – Catherine Raemy-Berthod

Quelques dates

  • 1178 : première mention de l’église
  • 1488-1496 : construction du clocher par Jean Dunoyer
  • 1503 et 1534 : construction du chœur par Pierre Guigoz
  • 1519-1527 : construction de la nef par Pierre Guigoz
  • 1977-1982 : restauration de l’église et de son mobilier

Histoire

Des origines anciennes

Un chantier majeur : construction de l’église (XVe–XVIe siècles)

L’église de Bagnes apparaît pour la première fois dans les sources au XIIe siècle. Un habitat de l’époque romaine à Villette ou la cité d’Octodure toute proche suggèrent une christianisation précoce, peut-être dès la fin du premier millénaire autour d’un premier sanctuaire non localisé.

Une église existait à Bagnes est mentionnée parmi les possessions de l’abbaye de St-Maurice par une bulle du pape Alexandre III datée de 1178.

Les archives révèlent que l’église actuelle et de son clocher ont été édifiés en un demi-siècle au tournant du XVIe siècle. Entre 1488 et 1496, le clocher est élevé par Jean Dunoyer, le « maître des beaux clochers ». Il a élevé ceux de Montreux, Vollèges, Bex et Vevey.

En 1503, la reconstruction du chœur est confiée à Pierre Guigoz, probablement originaire de Bagnes. Le chantier est interrompu pour des raisons inconnues et dure jusqu’en 1534. De 1519 à 1527, le maître bâtisseur élève la nef de l’église.

Transformations (XVIIe–XIXe siècles)

Les sources manquent jusqu’au milieu du XVIIe siècle. Le débordement du torrent de Bruson en 1692 provoquent des dégâts à l’édifice. La toiture est réparée entre 1726 et 1727 et la couverture refaite en 1733. L’année suivante, ses murs sont entièrement blanchis.

A la fin du XVIIe siècle et au début du XVIIIe, l’église reçoit un nouveau mobilier — grille de chœur, autels, chaire et fonts baptismaux. Des toilettages de l’église interviennent en 1810, 1822 et 1835. À la même époque, Emmanuel Chapelet et les peintres bagnards Félix et Michel Corthey remplacent la plupart des tableaux des autels. Recrépie et blanchie en 1860-1861, l’église voit son pavement refait en 1863. En 1876, le chœur s’orne de deux vitraux néo-gothiques à personnages, tandis que la nef reçoit de simples vitraux géométriques.

Restaurations de l’édifice (XXe siècle)

En 1901-1902, une restauration modifie complètement l’atmosphère intérieure. Un décor peint est apposé sur les murs (rose dans la nef, imitation de tapisserie dans le chœur) et sur les voûtes (bleu dans la nef, bleu étoilé dans le chœur). Des chapiteaux de ciment sont posés sur les colonnes. Trois vitraux complètent la décoration du chœur.

En 1925, les bancs et le plancher sont remplacés, puis, en 1927, Joseph Fellay du Cotterg construit les tambours d’entrée. La réfection du toit et la modernisation du décor peint sont achevées en 1931-1932. Le tremblement de terre de 1946 exige une consolidation de la flèche fissurée. La couverture en ardoises est remplacée par une toiture en cuivre, plus légère, en 1962.

À partir de 1976, une vaste restauration est menée sous la direction de l’architecte Nico Sneiders. L’extérieur est achevé en 1977: un enduit, posé sur les parties maçonnées, met en valeur les pierres taillées du clocher, des encadrements de fenêtres, des portails et des contreforts. En 1979, l’intérieur est restauré pendant seize mois. Le ciment et les peintures du début du XXᵉ siècle sont supprimés pour retrouver l’apparence originelle. Les clefs de voûte du vaisseau central reçoivent de nouvelles armoiries, et le chœur, derrière sa grille conservée, devient une chapelle de semaine.

Avec ses nouveaux bancs et son pavement en dalles de Vollèges, l’église est inaugurée le 14 septembre 1980. Les deux années suivantes voient l’achat d’un nouvel orgue et l’aménagement des alentours et la restauration du mobilier, tandis que le vitrage de la nef est remplacé par des vitraux de Pierre Chevalley.

Architecture

Un clocher gothique tardif

L’église paroissiale du Châble est un témoignage bien conservé de la fin du gothique. Son clocher, tour quadrangulaire de trois étages en pierres de taille régulières, abrite la sacristie au rez-de-chaussée. Une épigraphe gothique (1488) orne la face nord.

Le premier étage s’éclaire par deux petites ouvertures, tandis que l’étage des cloches, séparé par un bandeau, s’ouvre sur quatre grandes baies en arc brisé, coiffé d’un bandeau-larmier. La flèche de tuf, concave sur huit pans, chacun percé à sa base d’une lucarne surmontée d’une croix, est ornée d’une croix en fer forgée en 1855 par François Oreiller, de Villette.

Le chœur et la nef aux voûtes d’ogives

La nef comprend trois vaisseaux de quatre travées chacun. La nef centrale est aveugle, alors que les bas-La nef comprend trois vaisseaux de quatre travées chacun. La nef centrale est aveugle, alors que les bas-côtés sont éclairés par dix baies. Les vaisseaux latéraux sont séparés de la nef principale par des arcades reposant sur des colonnes. l’ensemble est voûté de croisées d’ogives, appuyées sur des culots dans la nef et sur des demi-colonnes dans les bas-côtés.

Le chœur, légèrement asymétrique, qui prend jour par cinq baies en arc brisé, se  compose d’une travée et d’une abside polygonale voûtée d’ogives. Aux croisements, les clefs de voûte portent les armes de l’évêque Adrien Ier de Riedmatten (1529-1548) et la croix de Saint-Maurice. 

Pierre Guigoz aurait réutilisé quelques éléments sculptés par son prédécesseur Jean Dunoyer : les deux fenêtres du sud, la niche à motif trilobé qui servait de lavabo, la porte de la sacristie et la niche du côté gauche.

L’église conserve quatre bénitiers, datés de 1643, 1739 et 1811, situés aux portes nord, ouest et sud.

Le décor extérieur

A l’extérieur, trois portails se succèdent. Le portail principal à l’ouest porte un cartouche daté de 1520, le portail sud est surmonté d’un médaillon au monogramme du Christ, repris et associé à celui de la Vierge au portail nord. La maîtrise de sculpteur de Pierre Guigoz se révèle dans les décors : coquilles Saint-Jacques, quadrilobes, cœurs, têtes humaines et croix de Saint-Maurice au bas des portails, ainsi que médaillons sur les contreforts, monogramme du Christ, croix, étoiles et cœurs renversés.

Mobilier

La grille, la chaire et les fonts baptismaux remarquables

Le mobilier de l’église obéit aux directives du Concile de Trente, au XVIIᵉ et début XVIIIᵉ siècles en Valais. La remarquable grille de chœur fut forgée en 1683-1684 par le maître franc-comtois Jacques Poix. La chaire, à cuve polygonale ornée de niches pour les statuettes des Évangélistes, serait l’œuvre de Hans Heinrich Knecht, sculpteur à Sion, vers 1695-1696. Les fonts baptismaux, exécutés en 1703-1704 par l’atelier du maître maçon valsésien Michel Morcha, de Riva Valdobbia. surmontés Son couvercle en bois est attribué au menuisier souabe Alexandre Mayer, célèbre pour ses stalles à l’abbatiale de Saint-Maurice.

Autels, tableaux  et vitraux

L’autel du Rosaire est le plus ancien de l’église. Sculpté dans le marbre en 1689 par Jean-Baptiste Maltassolli, de la Valsésia, il accueille au registre central un tableau de Félix Cortey représentant la Vierge avec sainte Catherine de Sienne et saint Dominique recevant le rosaire, sous un dais orné des quinze mystères. Le registre supérieur montre Notre-Dame du Mont-Carmel tenant un scapulaire dans chaque main. Le devant d’autel de 1824 est signé Michel Corthey. Dans le chœur, la table de pierre et le tombeau du maître-autel ont été conservés. Quelques éléments du retable de 1695-1697 ont été réutilisés pour les ambons et crédences du nouvel aménagement. Son grand tableau représentant saint Maurice, peut-être d’Alexandre Koller, peintre attesté à Sion, est aujourd’hui installé sur un mur latéral. Une copie de 1830 par Michel Corthey de la Cène de Léonard de Vinci, ornait l’autel avancé détruit par un incendie volontaire en 2011.

L’autel du Rosaire – 1689

Comme le maître-autel, l’autel des Âmes, à l’ouest du bas-côté sud, est attribué à Hans Heinrich Knecht. Installé en 1704 et anciennement appelé autel de la Sainte-Croix et des fidèles défunts, il est en bois richement sculpté et polychrome, avec quatre statues : saint Sigismond, Charlemagne, saint Théodule et saint Augustin. Le tableau principal, plus récent, représente le Christ en croix entouré des âmes du purgatoire, tandis que le registre supérieur accueille une toile provenant d’un. ancien autel Sainte-Marie-Madeleine. Le devant d’autel de 1833, par Félix Cortey, montre un Christ au tombeau pleuré par des anges.

L’autel de la Compassion, au nord, offert en 1738 par l’abbé Jean-Joseph Claret, proviendrait de l’atelier veveysan des marbriers Doret. Ses tableaux illustrent Notre-Dame de Compassion et la mort de saint Joseph. Le devant d’autel de 1833 par Michel Corthey représente le Christ ressuscité entre Marie et Joseph.

L’autel Saint-Antoine, en stuc brillant, de 1836, est orné dun tableau d’Emmanuel Chapelet représentant le saint ermite. Un médaillon rappelle que l’autel de la Trinité a été réuni à celui de saint Antoine.

Dans le chœur, deux tableaux représentent l’Adoration des Mages et la Dernière Cène et sont attribués au peintre lucernois Sebastian Düring, actif à Bagnes entre 1695 et 1698. Quatorze grandes stations du chemin de croix, peintes sur bois vers 1810 par Félix Cortey, forment une série exceptionnelle par sa qualité. Les personnages du Calvaire, placés sur l’arc triomphal, sont probablement plus anciens et devaient être installés sur une poutre de gloire. La Vierge à l’enfant du XVIIIe siècle a été achetée en 1949.

Dans le chœur, à droite, des vitraux néo-gothiques de 1876, de la maison Roy, font face à ceux de 1901 d’Etienne et Mouilleron à gauche. Ils figurent respectivement les saints Paul et Pierre, Maurice et Joseph, François d’Assise et Maurice, Thérèse d’Avila et Élisabeth de Hongrie, et Augustin.

L’orgue et les cloches

L’orgue acquis en 1982 est le quatrième instrument de l’édifice. Il prend place dans un buffet néo-gothique datant de 1866-1868.

Quatre cloches sont pendues au beffroi: la grosse cloche de l’est fondue par Nicolas Humbert en 1650 ; celle du sud refondue en 1872 puis 1959; celle du nord, dédiée à saint Théodule, coulée en 1650,  refondue en 1695 et 1810 ; enfin, la cloche de l’Angelus, coulée en 1504 par un Pacoreti et refondue en 1959.

Dédicace

L’église, dépendante de l’abbaye de Saint-Maurice d’Agaune, a pour titulaire saint Maurice. Le sanctuaire a également été dédié à saint Jean-Baptiste, mais cette titulature initiale s’est estompée au fil du temps. 

Le culte de saint Maurice et de ses compagnons, martyrs de la légion thébaine s’est diffusé à travers l’Europe. Ce sint militaire est patron des souverains saxons du Saint-Empire et de la maison de Savoie. 

Le buste-reliquaire du XVe siècle
Le buste-reliquaire de saint Maurice – XVe siècle

Le buste-reliquaire du XVe siècle, exposée dans le chœur, serait un don d’un membre de la maison de Savoie entre 1436-1476. Maurice porte le collier de l’Ordre savoyard du Collier et emprunte peut-être les traits d’un duc de Savoie. La croix tréflée, (présente aussi dans le tableau du maître-autel de la fin du XVIIe siècle) permet de l’identifier avec certitude. Au vitrail de 1876, il est représenté à la peau foncée, image inspirée de ses origines égyptiennes, mais peu conforme à la tradition valaisanne.

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